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Abysses

La Vie est une grosse pierre. Et cette corde me lie à elle dans l'océan des larmes.
Je ne fais pas naufrage, ni cherche le rivage,
Mais les grands fonds marins des abysses océanes.
Je cherche le velours dans une perle rare
Perdue au carrefour du cloaque ovipare...
Et nage à perdre haleine, à brûler mes branchies
A chercher la toison dans le froid de la nuit
Et dans l'apesanteur,
Où le haut est le bas,
Où le bas est le haut,
Où les piètres danseurs vêtus d'un oripeau
Se confondent en légendes de gigantesques héros
Là je cherche mon heure, celle de mon trépas
Dans le sable vaseux mouvant dessous mes pas
je ne trouve que douleurs, et poussières à la fois...

 

Debout sur le tombant, sur le fil du rasoir,
Dans le vertige prenant d'un piqué sans nageoire
je regarde le bas,
Et le haut me répond : 'Puis-je encore espérer que tu rentres ce soir?'
Et dans l'ivresse des profondeurs et la pression violente
Je m'engouffre en sueur dans la faille béante
Où il fait nuit au bout...
Où le peu de lumière retrouvée en dessous ne s'accroche sur rien...
Il n'y a plus de près, il n'y a plus de loin
Ni d'avant ni d'après ni de sang sur les mains.
C'est le noir éternel, je ne vois plus mes membres,
Qui pourrait encore dire
Que je compte
Sur mon anatomie...

 

Les sirènes ont déserté les mers enchanteresses
Et sont mortes plus loin bouffées par la secheresse.
Je répète le refrain...
Il n'y a plus d'après...
Il n'y a que les cœurs aux goûts insatisfaits...
Et les pleurs entraînés dans le grand océan
Par les égouts des villes où peinent les enfants
Ont un goût de salé
Lorsqu'ils se mélangent à l'eau noire des marées.
Elles les entraînent au fond pour pouvoir me rejoindre
Moi le triste poisson-mammifère sans complainte
Et me procure alors un zeste de remords...
            Mais pourrai-je remonter par le poids de l'effort ?

 

Je n'ai plus d'oxygène, mais en ai-je déjà eu
Depuis petit déjà je suffoque en journée
Et meure à chaque nuit.
Par un après-midi entouré de béton, d'herbe et de fleurs jaunies
J'ai troqué mes poumons pour une paire de branchies
Et j'ai jeté à l'eau mes cris de désespoirs
Je m'suis jeté à l'eau, mieux vaut tôt que trop tard
Et n'ai rien regretté.
Au début c'est joli, on voit pleins de couleurs,
Puis notre sang verdit, prend un corps de fadeur
Et laisse place au mauve, et ensuite vient le bleu
Qui petit à petit dépérît peu à peu
Et le noir apparaît,
Et on ne voit que lui,
Jamais une couleur n'a autant ébloui.
On en devient aveugle
C'est très impressionnant
ici la vérité remplace aisément tous ces grands faux-pendants.
Je suis devenu plus fort mais peut-être moins vivant
C'est le prix du trésor pour attraper  le temps,
Saisir les horizons,
Et serrer de ses mains pour bâtir leur prison...

Je suis libre comme l'eau et ne suis plus attaché aux grandes lois de votre physique terrestre.
Quand je veux remonter je prends plus d'hydrogène et offre à mes cellules un peu plus d'oxygène.
Quand je veux redescendre je fais ainsi l'inverse.
Pour la droite et la gauche c'est pas beaucoup nouveau
J'oscille comme il se doit pour le côté qu'il faut,
Où je désire aller.

Le froid des profondeurs glace mon sang, les battement de mon cœur sont de plus en plus lents mais sont plus percutants. J'enregistre chaque heurt résonnant dans les entrailles de ce vaste océan. Le noir est étouffant. Je crie donc 'Au scandale' mais personne n'entend. Je suis donc seul au monde. Je prends toute la mesure  du nouveau sentiment et je rêve en vivant. Mon royaume m'attend. Encore bien 300 mètres et je serai séant, au grand trône abyssal de mon égo rampant. Le libre m'envahit, je n'ai plus que l'esprit, mes sens ont déserté de ce climat sans vie. Et je suis bien Ici...

Un jour remonterai-je de préférence la nuit
Pour un petit rappel épisodique de vie
Pour mieux me ressourcer, quand je redescendrai
Dans cet immense vide où flotte mon palais.

Le son ne parvient pas, le goût n'est que salé
La vue ne sert à rien, l'odorat est bouché
Le sens tactile s'estompe à force de trop connaître mes effleurements de peau...
Plus rien ne se perçoit sous 5000 mètres d'eau.
Et je descends encore...
J'atteindrai bientôt le seuil de la vie, où l'embryon naissant divisionne ses cellules
J'effleurerai ainsi tout le pénible écueil, du premier développement à l'être qui pullule.
Serait-ce l'Eternité, cette fraction de seconde dans le temps pétrifié?..

 

Je suis un immortel dans cet obscur climat
Je suis un immortel car je n'existe pas
Ou du moins pas comme vous l'entendez,
Vous viendriez me parler que je ne broncherais pas
Un seul cil vibratoire de mes tympans-ouïes
Vous viendriez me chercher que je n'vous trouverais pas
Inondé par le froid et la nuit réunis...
Quelle délicieuse écharpe,
Cette mort réjouie...



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